Vouloir plaire à la fois aux mordus de tactique pure et aux amateurs de grands récits politiques finit souvent par coincer. Après un Fire Emblem Engage taillé pour célébrer les trente ans de la série — irréprochable sur l'échiquier mais creux côté scénario —, Nintendo et Intelligent Systems devaient retrouver l'équilibre dramatique qui avait fait le succès de Three Houses. Avec Fire Emblem: Fortune's Weave, le studio tente de mener les deux de front, sans jamais vouloir choisir.
Sur le terrain, la formule fonctionne immédiatement. Le tour par tour est limpide, tendu et précis. Chaque case compte, les synergies de classes tournent à plein régime et la lisibilité reste exemplaire. On retrouve sans mal ce qui fait la force de la série depuis la Famicom : une vraie tension au moindre déplacement d'unité. Le souci vient de tout ce qui sépare les affrontements.
Dès que la campagne s'étire, le rythme s'effondre. Le jeu tire en longueur et transforme une bonne partie de l'aventure en épreuve de patience. En coulisses, l'équipe a d'ailleurs admis avoir un temps envisagé huit protagonistes distincts. L'idée a fini par être abandonnée, mais le récit en garde de grosses séquelles : des sous-intrigues empilées pour occuper un casting trop large, des dialogues interminables et des tête-à-tête entre personnages qui coupent net l'élan des batailles.
Tout n'est pas à jeter dans l'écriture pour autant. Le jeu s'autorise quelques décalages bienvenus, notamment avec cette religieuse armée d'un fusil (le classique « Nun with a Gun »), justifiée par l'histoire et mise en scène avec une ironie rafraîchissante. C'est typiquement le genre d'étrangeté qui fait du bien au milieu d'un cadre médiéval-fantastique d'ordinaire très guindé.

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Fire Emblem: Fortune’s Weave — Overview Trailer — Nintendo Switch 2
Fire Emblem: Fortune's Weave reste un jeu solide, largement sauvé par son système de combat, mais il laisse un goût d'inachevé. À trop vouloir empiler les contenus pour contenter tout le monde, il s'éparpille. Les amateurs de tactique y trouveront leur compte en poussant l'intelligence artificielle dans ses retranchements. Ceux qui viennent pour le récit devront en revanche digérer des heures de bavardages superflus. Vendu 59,99 €, le titre illustre bien un travers fréquent des grosses productions actuelles : une mécanique brillante, piégée dans un jeu qui ne sait plus s'arrêter.

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